Résumé des consultations sur le programme Défi « L'Arctique et le Nord »

 

Le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) a bâti son programme Défi « L'Arctique et le Nord » au terme d'importantes consultations avec les habitants et les organisations des régions nordiques. Près de mille invitations avaient été envoyées en vue d'une participation à trois formes de consultation (des groupes de discussion thématiques, un sondage en ligne et des ateliers techniques). Une vingtaine de rencontres officielles s'y sont ajoutées.

Les habitants des régions nordiques ont formulé leurs recommandations sur les priorités en recherche, la mécanique du programme et l'importance des domaines transversaux comme les savoirs ancestraux et le développement des compétences. Quatre axes thématiques ont été définis pour la recherche, en l'occurrence :

Trois questions de nature générale ont été posées lors des rencontres :

  1. À quels enjeux relatifs à l'axe thématique le programme devrait-il s'attaquer?
  2. Quel rôle la recherche appliquée ou le développement de technologies devraient-ils jouer dans la résolution de ces enjeux?
  3. Quel résultat à court terme — ceux à porter de la main — et quel résultat à plus long terme le CNRC devrait-il viser dans le contexte de cet axe thématique?

Les informations recueillies ont servi à formuler un plan pour le programme. Nous les reproduisons ici afin de faciliter la soumission des projets dans le cadre de ce dernier. La version intégrale des rapports sera fournie à ceux qui en font la demande.

Axe thématique du programme : Logement

Sommaire des principaux points et enjeux soulevés et des recommandations formulées lors des consultations.

Principaux points et enjeux soulevés

  • Les recherches appliquées et les technologies mises au point dans cet axe devraient rendre les logements construites dans l'Arctique et le Nord plus adéquates, confortables et abordables.
  • La recherche dans le domaine du logement doit s'inscrire plus largement dans les enjeux sociaux, culturels et économiques du Nord et doit tenir compte des séquelles laissées par le colonialisme et le déplacement forcé des populations autochtones.
  • Le pouvoir exercé à l'échelle local sur l'infrastructure bâtie du Nord est limité, voire nul.
  • Il est très fréquent dans le Nord et dans l'Arctique de vivre dans des logements surpeuplées, surtout dans le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavik et le Nunatsiavut.
  • La qualité de l'air dans les logements du Nord demeure insuffisante.
  • Les habitants des régions nordiques dépendent des ouvriers et des entreprises du Sud pour construire leurs logements et ont souvent peu d'influence sur la conception des bâtiments.
  • Les normes prévues dans les codes du bâtiment ne reflètent pas les besoins des habitants du Nord ni la réalité de leur territoire.
  • Les coûts du transport des matériaux de construction, de la main-d'œuvre spécialisée et de l'énergie sont prohibitifs.
  • II faut former les habitants à bien utiliser les technologies résidentielles existantes (ex. : les techniques d'installation, de réparation et d'entretien).
  • Les changements climatiques ont des effets sur le pergélisol, les mouvements causés par le dégel exerçant des contraintes sur les fondations des bâtiments et sur la conception de bâtiments appropriés au terrain.
  • Il faut reconnaître l'interdépendance entre le logement et les autres axes du programme — soit l'eau, les aliments et la santé.
  • L'objectif du gouvernement fédéral de réduire les gaz à effet de serre et la dépendance au diesel des communautés rurales et éloignées, surtout dans l'Extrême Arctique, est irréalisable dans un avenir prévisible.

Les habitants des régions nordiques seraient intéressés par les projets de recherche et de développement technologique touchant aux questions suivantes :

  • la création de capacités et le transfert des connaissances dans le Nord (p. ex., approches pour favoriser les stages de formation);
  • l'utilisation de matériaux d'origine locale (p. ex., bois pour construire des maisons en bois rond);
  • la construction de maisons modulaires;
  • des matériaux de construction durables capables de résister aux conditions nordiques (p. ex. : des produits résistant aux moisissures, comme le bois);
  • le transfert de connaissances entre le constructeur et la personne propriétaire de l'habitation afin que celle-ci sache mieux comment elle a été bâtie et puisse l'entretenir et la réparer de la façon adéquate;
  • la rénovation d'habitations pour les adapter aux réalités climatiques actuelles et futures;
  • des bâtiments conçus pour être déménagés au besoin, comme cela se fait dans certaines communautés en Alaska où le dégel du pergélisol et les inondations sont devenus des problèmes graves;
  • la durabilité à long terme des bâtiments passe par la participation des habitants du Nord à leur conception, à leur développement, à leur utilisation et à leur entretien;
  • des solutions innovantes soucieuses des enjeux culturels pour construire des bâtiments adaptés aux populations du Nord et des mesures de suivi pour assurer la validité et la durabilité des solutions technologiques et des applications de la recherche;
  • ne pas voir le Nord comme un laboratoire d'essais pour de nouvelles technologies de construction.

Recommandations

  • Il faut faire place aux femmes à toutes les étapes du processus, de la construction des bâtiments au contrôle de la conformité et à l'application des codes.
  • Il faut prévoir l'accessibilité des bâtiments pour les personnes vulnérables ou ayant des déficiences cognitives.
  • Les codes du bâtiment et les normes de construction étant complexes, il importe de les rendre plus facilement accessibles.
  • Il faudrait prévoir du financement pour les projets proposés par de jeunes autochtones et des programmes de mentorat.
  • Il faut mettre en application les progrès de la recherche scientifique et les technologies mises au point dans le domaine du logement.
  • Il faut entreprendre des projets de recherche en collaboration avec des spécialistes de la question du logement dans les régions nordiques.

Contactez-nous

Boualem Ouazia, responsable de l'axe Logement
Conseil national de recherches du Canada
NRC.Arctic&Northern-Arctique&Nord.CNRC@nrc-cnrc.gc.ca

Axe thématique du programme : Santé

Sommaire des principaux points et enjeux soulevés et des recommandations formulées lors des consultations.

Principaux points et enjeux soulevés

  • Les recherches entreprises et les technologies mises au point dans cet axe viseront à rendre les ressources en santé plus accessibles, mieux intégrées et plus appropriées dans l'Arctique et le Nord.
  • Il est nécessaire d'accroître les effectifs du système de santé, y compris les professionnels, disponibles à l'échelle locale.
  • La sécurité dans le domaine de la santé, incluant la sécurité culturelle, est un aspect éminemment important.
  • Les centres de santé régionaux sont débordés par l'afflux de patients souffrant de maladies chroniques qui pourraient être pris en charge par les ressources locales si celles-ci étaient mieux outillées pour offrir les services nécessaires.
  • Les déficits infrastructurels du Nord ont des effets néfastes sur les systèmes de santé.
  • Les communautés n'ont pas un accès suffisant aux données, sans compter que la propriété des données collectées leur échappe.
  • Les problèmes de santé mentale et de toxicomanie que vivent les populations nordiques sont entremêlés de manière inextricable.
  • Les inégalités d'accès aux services de santé sont monnaie courante dans le Nord et sont attribuables à différents facteurs fondamentaux, dont l'emplacement, la culture, la langue, le revenu et d'autres déterminants sociaux des populations.
  • La survalorisation des qualifications du Sud par rapport aux savoirs ancestraux contribue à l'iniquité de l'accès aux soins de santé dans le Nord.
  • Les défis en matière de santé auxquels font face les populations nordiques, surtout dans le domaine de la santé mentale, sont graves.
  • Il existe une méfiance généralisée dans le Nord à l'endroit des systèmes de santé; les habitants pourraient donc avoir des réticences à participer à des projets de recherche appliquée et de développement de technologies.
  • En raison de la marginalisation vécue par les petites communautés par le passé, atteindre les objectifs d'équité, de diversité et d'inclusion risque d'être plus difficile.
  • Les hommes sont souvent mis sur la touche dans les conversations sur la santé mentale.
  • Les communautés ne possèdent pas les infrastructures nécessaires pour collecter, stocker et analyser les données des essais cliniques.

Les habitants des régions nordiques seraient intéressés par les projets de recherche et de développement technologique touchant aux questions suivantes :

  • une plateforme ou des outils en ligne (ex. : une application ou un système de messagerie électronique sécurisé) pour donner aux jeunes de la région accès aux ressources en santé mentale;
  • des solutions pour offrir des tests rapides et des épreuves diagnostiques aux populations locales;
  • des plateformes et des outils virtuels de formation à la sécurité culturelle et d'adaptation des compétences aux impératifs culturels pour les praticiens qui viennent travailler dans les communautés nordiques et ainsi que des formations d'appoint pour les travailleurs de la santé, soit les professionnels et les travailleurs communautaires, offerts selon les besoins du moment et du lieu, pour renforcer la sécurité des soins prodigués;
  • des solutions en matière de soins qui tiennent compte des traumatismes subis par les populations;
  • des processus simplifiés qui abolissent les obstacles à l'utilisation des services de santé;
  • des stratégies de développement et d'adoption de nouvelles technologies fondées sur une stratégie d'action intergénérationnelle;
  • la reconnaissance que les membres des communautés sont les mieux outillés pour offrir les services de santé de base et de soutien grâce à leur sensibilisation à la culture et à l'éthique et à leur connaissance des langues locales.

Recommandations

  • Il faut que des personnes en situation de handicap prennent part au programme pour être certain que les enjeux entourant l'accessibilité soient pris en compte, surtout à la lumière de l'importance croissante accordée à la santé numérique.
  • Les aînés et les Autochtones unilingues sont souvent sous-représentés; il faut donc prendre des moyens pour faciliter leur participation.
  • Il faut prendre en considération et intégrer au processus les personnes qui connaissent peu les ressources de santé numérique.
  • Il faut verser une rémunération aux personnes pour les inciter à suivre une formation ou participer à des initiatives de développement des capacités favorisera l'inclusion.
  • Il faut prendre en compte l'interconnexion entre les quatre axes thématiques du programme — l'habitation, la santé, l'alimentation, l'eau — dans l'élaboration des solutions pour ne pas travailler de manière isolée.

Contactez-nous

Stéphanie Grenier, responsable de l'axe Santé
Conseil national de recherches du Canada
NRC.Arctic&Northern-Arctique&Nord.CNRC@nrc-cnrc.gc.ca

Axe thématique du programme : Aliments

Sommaire des principaux points et enjeux soulevés et des recommandations formulées lors des consultations.

Principaux points et enjeux soulevés

  • Les recherches appliquées et les technologies mises au point dans cet axe devraient améliorer l'accessibilité, la disponibilité et la qualité des ressources alimentaires dans l'Arctique et le Nord.
  • L'accessibilité des aliments consommés traditionnellement par les Inuits revêt une grande importance.
  • En raison des changements climatiques, les sources d'aliments traditionnels et locaux sont de plus en plus difficiles d'accès.
  • Le stockage et le transport des denrées alimentaires demeurent des obstacles de taille à la sécurité alimentaire.
  • La pandémie de COVID-19 a accentué la nécessité de poser des assises solides pour garantir l'autosuffisance alimentaire à long terme.
  • L'autodétermination des populations est le passage obligé vers la souveraineté alimentaire.
  • L'existence de banques alimentaires communautaires peut servir de terreau propice à l'innovation et au développement.
  • La chaîne alimentaire dans le Nord devrait reposer sur les systèmes de valeur des populations locales.
  • La transmission entre anciens et jeunes au moment des récoltes d'aliments traditionnels pourrait être un moyen de préserver la langue et les cultures autochtones.
  • Les déficits d'infrastructure majeurs (p. ex., système routier déficient, coûts élevés de l'énergie) limitent l'accès au territoire et la disponibilité des aliments dans le Nord.
  • Il faut créer une capacité à long terme au sein des communautés nordiques parce que les connaissances, les compétences et les capacités dans le domaine alimentaire ne sont pas encore très répandues au sein des populations du Nord et de l'Arctique (p. ex., les compétences en techniques horticoles).
  • Les politiques qui s'appliquent aux régions nordiques ne sont pas conçues pour donner la propriété et le contrôle des systèmes alimentaires locaux aux instances locales.

Les habitants des régions nordiques seraient intéressés par les projets de recherche et de développement technologique touchant aux questions suivantes :

  • le partage alimentaire ou les pôles alimentaires régionaux;
  • les facteurs à considérer pour prendre des décisions éclairées concernant les déplacements sur la glace pour les expéditions de pêche et de chasse nécessaires en raison des effets des changements climatiques;
  • les innovations pour adapter les intrants agricoles (p. ex., tuyaux, brides, moteurs) au climat nordique et pour faciliter l'industrialisation de la production;
  • l'implantation d'usines ou l'amélioration des installations existantes pour conditionner les produits alimentaires récoltés dans le Nord;
  • l'amélioration de tous les aspects de la logistique agroalimentaire (ex. : logistique et infrastructure de transport, rentabilisation de l'agriculture nordique).

Recommandations

  • La collaboration à l'étape du développement technologique est essentielle, et les technologies résultantes doivent être autant bon marché que faciles à utiliser et à réparer.
  • Le programme devrait avoir comme objectif de soutenir, de mettre à l'échelle et de faire évoluer les solutions qui ont fait leurs preuves dans les régions nordiques.
  • Il faut prendre des mesures pour intégrer les femmes comme partenaires égalitaires dans le dialogue et donner aux jeunes l'occasion de participer à la conception et à la réalisation de recherches appliquées et de développement de technologies.
  • Les solutions scientifiques et technologiques mises au point devraient résorber l'écart entre les populations vulnérables et celles qui le sont moins.
  • L'intégration des savoirs ancestraux aux nouvelles technologies est primordiale pour les populations du Nord, et la réussite du programme en dépend.
  • Une rémunération juste pour tous et toutes doit être offerte aux habitants du Nord qui prendront part à la recherche dans le cadre du programme.

Contactez-nous

Shawn Clark, responsable de l'axe Aliments
Conseil national de recherches du Canada
NRC.Arctic&Northern-Arctique&Nord.CNRC@nrc-cnrc.gc.ca

Axe thématique du programme : Eau

Sommaire des principaux points et enjeux soulevés et des recommandations formulées lors des consultations.

Principaux points et enjeux soulevés

  • Les recherches appliquées entreprises et les technologies mises au point dans cet axe viseront à rendre les ressources en eau plus accessibles, mieux intégrées et plus appropriées dans l'Arctique et le Nord.
  • Les réserves d'eau disponibles dans le Nord varient d'une région à l'autre.
  • La disponibilité en eau, la souveraineté sur l'eau, le traitement de l'eau, notamment le traitement des eaux usées, revêtent une importance capitale.
  • Les effets de la mauvaise qualité de l'eau dans les régions nordiques et arctiques se font le plus lourdement sentir sur les Inuits parce que ces communautés connaissent une plus grande précarité et habitent dans des maisons surpeuplées.
  • L'objectif prioritaire de la recherche doit être d'améliorer la qualité de l'eau potable, notamment en trouvant des solutions pour remplacer les réservoirs d'eau potable contaminés qui équipent les habitations.
  • Il est primordial d'accroître les capacités – notamment par la formation et la rétention des opérateurs qualifiés d'installations de distribution d'eau, des gestionnaires de données et par l'accréditation des ouvriers – pour que l'eau distribuée par le réseau municipal soit traitée et testée de manière appropriée.
  • Les solutions mises au point devraient être simples et conviviales.
  • Il faut profiter des connaissances et des idées des aînés et des jeunes; il faut donc les faire participer au processus de recherche.
  • Il faut trouver une solution au vieillissement des infrastructures existantes (ex. : les couloirs de passage des services publics, les installations de pompage).
  • Certains groupes sont parfois exclus de manière consciente ou inconsciente des structures existantes.
  • Les capacités d'accréditation des opérateurs d'installations de traitement des eaux sont insuffisantes; il en va de même pour les capacités de surveillance et de collecte de données de base sur l'eau et de communication de ces données.

Les habitants des régions nordiques seraient intéressés par les projets de recherche et de développement technologique touchant aux questions suivantes :

  • Compréhension des incidences des changements climatiques sur la qualité de l'eau de surface et des eaux souterraines.
  • Compréhension du rôle du pergélisol dans le contexte des changements climatiques et des risques que sa fonte entraîne pour les réserves d'eau (c.-à-d. les risques d'infiltration de contaminants dans les nappes d'eaux souterraines, d'effondrement des tubulures des couloirs de passage, de contamination par les eaux de ruissellement).
  • Études des débâcles sur les rivières.

Recommandations

  • Les projets axés sur la dimension communautaire (dans lesquels les communautés participent à l'établissement des programmes) et sur la mise en place de partenariats et de relations entre les acteurs favorisent davantage l'inclusivité.
  • Il faut offrir des services de traduction aux communautés et être conscients des obstacles liés à la langue qui limitent la contribution des personnes ou restreignent leur utilisation de la technologie.
  • Il faut que les projets de recherche menés reflètent une diversité de points de vue.
  • Les systèmes de distribution d'eau dont le Nord et l'Arctique ont besoin ne sont pas nécessairement les mêmes que dans le Sud, en effet, les technologies utilisées dans le Sud ne conviennent généralement pas aux conditions de l'Arctique.

Contactez-nous

Andrew Colombo, responsable de l'axe Eau
Conseil national de recherches du Canada
NRC.Arctic&Northern-Arctique&Nord.CNRC@nrc-cnrc.gc.ca