Dans le Nord canadien, le climat et les habitations font mauvais ménage. En effet, les variations spectaculaires entre les longues tempêtes de neige hivernales et les gels profonds, les dégels printaniers et les pluies estivales peuvent desserrer les coupe-froid, mettre à rude épreuve les systèmes de ventilation et endommager l'isolation et les fondations. Avec une saison de construction qui ne dure que 2 ou 3 mois, il est également difficile d'acheminer les matériaux de construction et les équipes vers les communautés éloignées.
Un projet de recherche récemment lancé au Yukon laisse néanmoins entrevoir une lueur d'espoir. Appuyée par le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) et financée par celui-ci dans le cadre de son programme Défi « L'Arctique et le Nord », l'entreprise Earthrise Building Services (en anglais seulement) de Whitehorse a formulé avec le CNRC des stratégies pratiques pour procéder rapidement et exhaustivement à des rénovations énergétiques qui peuvent être mises à l'essai sur place.
Selon le recensement du logement de 2016, 22 pour cent des habitations du Yukon datent des années 1970 et les demeures modernes manquent cruellement. Ces facteurs faisaient de ce territoire le candidat rêvé pour l'étude des techniques de rénovation accélérée susceptibles d'améliorer la qualité de vie de la population nordique en lui procurant des logements plus salubres et moins énergivores. Jusqu'à présent, 6 habitations des Premières Nations de Champagne et d'Aishihik (en anglais seulement) dont on suivra la qualité de l'air ont été recensées pour le projet.
« Les recherches nous aideront à déterminer comment l'efficacité énergétique altère la qualité de l'air dans une habitation », explique Boualem Ouazia, agent de recherches principal au Centre de recherche en construction du CNRC et responsable technique du volet « Logement » du programme Défi. Dans cette optique, on vérifiera si les améliorations typiques du rendement énergétique ont un impact positif ou négatif sur la qualité de l'air. S'il est négatif, on apportera des solutions afin d'atténuer le problème.
L'équipe utilisera ses constats pour formuler des recommandations aux constructeurs et aux sociétés d'habitation du Nord, de même qu'aux résidents et résidentes, et aux membres des communautés inuites et des Premières Nations. « L'approche imaginée jouera un rôle primordial en garantissant la qualité et la salubrité des habitations à long terme, mais aussi l'achèvement des rénovations en peu de temps », affirme M. Ouazia.
Bien qu'il n'en soit toujours qu'à ses débuts, d'ici à 2027, le projet de 3 ans devrait aboutir à des données précieuses sur la modernisation des habitations dans les communautés reculées et du Nord. Ces données aideront aussi Earthrise à élaborer des stratégies d'extensibilité, à réaliser des économies d'échelle et à acquérir plus d'expertise à l'interne.
Partenaires dans la marche du progrès
Le partenariat avec Earthrise réunit tous les ingrédients indispensables au succès. En effet, les spécialistes dans la ventilation et la qualité de l'air intérieur du CNRC examineront les espaces de vie avant et après rénovation pour évaluer la qualité de l'air et l'aération dans l'habitation. Ils commenceront par vérifier la qualité de l'air intérieur en échantillonnant les composés organiques volatils, d'autres substances chimiques ainsi que les moisissures, le dioxyde de carbone, le radon et les particules de 1, de 2,5 et de 10 microns de diamètre. Ensuite, ils analyseront les gaz avec un traceur de fluorure de carbone. Enfin, l'équipe enverra ses prélèvements aux laboratoires du CNRC pour qu'on en analyse la composition chimique et les moisissures avant de comparer les résultats obtenus avant et après les travaux.
Earthrise a fait appel à un groupe de constructeurs, d'entrepreneurs et de professionnels de la région pour voir comment accélérer les travaux sans que leur qualité en souffre. Matthew Ooms, président-directeur général de l'entreprise, signale qu'une idée émise par le groupe consisterait à combiner préfabrication et rénovation. « Il y a quelques mois, nous avons rencontré une dizaine d'organisations, essentiellement du Yukon, pour déterminer si l'on pourrait moderniser les habitations avec des panneaux préfabriqués, raconte-t-il. Nous avons opté pour un concept vraiment intéressant que nous prévoyons de tester cet été. »
M. Ooms précise que le projet ne saurait aboutir sans le concours des Premières Nations qui ont participé à tout, des décisions relatives aux travaux de modernisation au choix des habitations qui seront rénovées. « Nos partenaires autochtones mènent véritablement le projet. Ils ont vanté les avantages de l'efficacité énergétique et de l'air pur, affirme-t-il, et, bien sûr, ont joué un rôle central en nous mettant en contact, nous et l'équipe, avec les membres de la communauté vivant dans ces habitations, dont le soutien rend tout possible. »
Bâtir l'avenir
L'un des principaux avantages des projets de ce genre concerne les leçons que l'on en tire, alors qu'une de leurs grandes difficultés consiste à documenter adéquatement les résultats en vue de mieux en tirer parti par la suite. Ainsi, les résidents et résidentes devront comprendre le fonctionnement des nouveaux systèmes qui seront installés chez eux et elles et en prendre soin à long terme.
« C'est ce qui me passionne le plus », avoue M. Ooms. « Les nouvelles connaissances que l'on acquiert et les façons de les appliquer sur le terrain afin de changer la vie des gens et leurs habitations. »
L'entrepreneur et ses partenaires s'efforcent d'ailleurs de constituer une base de données à l'intention des constructeurs, des propriétaires, des spécialistes en exécution de projet, des fournisseurs de technologies, des fabricants, etc. « Nous pourrions vraiment créer quelque chose qui cimentera l'écosystème. » Les constructeurs profiteront du savoir existant, alors que les résidents et résidentes valoriseront l'importance de leur contribution à la gestion des nouveaux éléments.
Selon M. Ooms, cette « recette en rénovation » trouvera un écho ailleurs qu'au Yukon et aidera d'autres communautés à mieux cerner leurs besoins en matière de logement et de modernisation afin de planifier, de financer et de mener à bien des projets dont tout le monde bénéficiera. Et le Centre de recherche en construction du CNRC continuera de grandement contribuer à ce travail, de concert avec l'industrie, les jeunes entreprises et les membres de la collectivité.