Recherche collaborative menée par les Inuits sur la pollution plastique dans l'Arctique

- Hopedale, Terre-Neuve-et-Labrador

Elizabeth, souriant à la caméra par une journée fraîche et venteuse, agenouillée sur une plage de galets, avec un bloc-notes et du matériel d’échantillonnage posés à côté d’elle sur le sol.

Elizabeth Tuglavina près d'un quadrat pour la collecte d'échantillons de plastique sur le rivage de Hopedale, à Terre-Neuve-et-Labrador, le 30 juin 2024.
Source : Max Liboiron

Une initiative menée par les Inuits pour déterminer et surveiller les quantités de plastique dans le Nunatsiavut a également conduit à l'élaboration d'un modèle de recherche éthique qui a fondamentalement changé la manière dont les connaissances sont recueillies et communiquées.

Le projet NGPlastics (en anglais) a été lancé en 2022 pour surveiller les quantités de plastique et de métaux lourds dans l'alimentation et les environnements du Nunatsiavut, à Terre-Neuve-et-Labrador. Le projet a reçu le soutien du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) grâce à un financement de son programme Défi « L'Arctique et le Nord », ainsi que de UK Research and Innovation, dans le cadre du Programme de recherche dans l'Arctique Canada-Inuit Nunangat-Royaume-Uni (CINUK) (en anglais).

Dirigé par la chercheuse inuite Liz Pijogge du gouvernement du Nunatsiavut, en collaboration avec Max Liboiron (Ph. D.) de l'Université Memorial de Terre-Neuve et Alex Bond (Ph. D.) du Musée d'histoire naturelle du Royaume-Uni, le projet visait à éclairer les décisions gouvernementales sur la pollution plastique et les métaux dans l'environnement.

Deux (2) chercheurs agenouillés sur l'herbe prélevant des échantillons d'organes et de tissus sur 2 ombles chevaliers posés sur une planche à découper entre eux.

Max Liboiron travaillant avec Reuben Flowers pour prélever des intestins d'omble chevalier afin de surveiller la présence de plastique lors de l'atelier « On the Land » à Uivak, Terre-Neuve-et-Labrador, le 26 juin 2024.
Source : Alex Bond

Les principaux résultats de la recherche ont été une bonne nouvelle à plus d'un titre. En effet, les scientifiques n'ont trouvé aucune quantité considérable de plastique sur les côtes ou dans les animaux du Nunatsiavut, ce qui a des répercussions très positives sur le maintien des pratiques traditionnelles, la préservation de la culture et la souveraineté alimentaire des communautés inuites.

« Lorsque nous avons trouvé des plastiques, ils étaient suffisamment petits pour pouvoir être éliminés par les animaux sans bloquer leur tube digestif, explique Pijogge, responsable du projet, ce qui confirme que les aliments sauvages peuvent être consommés sans danger. »

Les scientifiques ont également constaté que, si la plupart des plastiques récupérés provenaient de sources locales, les membres de la communauté ont identifié, lors d'un atelier organisé à Makkovik en 2023, que certains provenaient d'aussi loin que le Groenland et l'Italie. Ils ont pu dater des bidons d'huile des années 1960 et des étiquettes de saumon des années 1980.

Une approche inuite à la recherche

Objets disposés sur des tables portables, avec une affiche manuscrite collée sur l’une d’elles indiquant « À votre avis, qu’est-ce que c’est? » et une carte manuscrite indiquant le lieu de collecte comme étant South Uivak.

Une table d'identification des plastiques installée au Nanuk Centre permet aux membres de la communauté d'aider à identifier les sources, les marques et les utilisations des plastiques trouvés sur les côtes autour de Hopedale, à Terre-Neuve-et-Labrador, le 28 juin 2024.
Source : Paul McCarney

Un aspect clé du projet était qu'il s'agissait d'une approche dirigée par les Inuits, sous la direction de membres de la communauté, qui accordait la priorité à l'intégration des systèmes de connaissances locaux. Ce passage à des méthodologies de recherche communautaires non seulement a donné plus de pouvoir aux scientifiques inuits, mais a également centré le projet sur les connaissances inuites, garantissant ainsi qu'il apporterait une valeur ajoutée et aurait une incidence sur les communautés du Nunatsiavut.

« Nous utilisons principalement des méthodes scientifiques occidentales établies en laboratoire, comme la microscopie et la spectrométrie », explique le M. Liboiron. « Mais nous avons également eu recours à des méthodes d'analyse collaborative telles que le modèle d'atelier "On-the-Land", des statistiques participatives et des ateliers communautaires d'identification des plastiques, et nous avons organisé des discussions animées sur l'attribution et la paternité communautaires, qui sont tous des aspects essentiels de la mise en commun des capacités. »

Des personnes vêtues de vêtements d’hiver sont assises en cercle dans une grande tente et regardent Alex qui parle en montrant une plume d’oiseau qu’il tient devant lui.

Alex Bond discutant de ce que l'on peut apprendre d'une plume d'oiseau avec les participants à l'atelier « On the Land » à Uivak.
Source : Laura Crick

Par exemple, après 5 discussions dans 3 communautés sur la manière dont les Nunatsiavummiut (Inuits du Labrador) souhaitaient être reconnus pour leur contribution à la recherche, un consensus s'est dégagé sur le principe que « toutes les personnes qui ont participé à l'atelier devraient être mentionnées comme auteurs, y compris tous les jeunes, les gardiens d'ours et les gestionnaires de camp », explique Katrina Anthony, membre inuite de l'équipe qui dirige le groupe de travail sur la paternité et l'attribution communautaires du projet.

Les membres de la communauté ont fait valoir que, dans la mesure où l'infrastructure, la sécurité, la main-d'œuvre et le contexte général de l'atelier avaient créé les conditions propices à certains types de contributions, tous les membres avaient contribué à la recherche en tant qu'auteurs. En effet, un billet de blogue sur la paternité et l'attribution des travaux de recherche communautaire au Nunatsiavut (en anglais) publié à la suite de l'atelier a cité 46 auteurs, pour la plupart des Inuits. L'équipe de recherche a également établi des principes de paternité, désormais largement partagés avec d'autres projets du programme CINUK.

Le groupe de travail sur l'attribution et la paternité des œuvres communautaires, dirigé par des Inuits, continuera à favoriser ces discussions et à partager des idées sur la manière dont les Inuits du Nunatsiavut souhaitent être reconnus pour leurs compétences, leurs connaissances et leur travail dans le domaine de la recherche.

Un modèle de collaboration pour la recherche dans l'Arctique

Grâce à la collaboration du Musée national d'histoire du Royaume-Uni, le projet NGPlastics a exploré les relations entre les collections des musées coloniaux et les communautés inuites. En recherchant l'identité de la personne qui avait collecté des oiseaux du Nunatsiavut et les avait apportés dans les musées, et les raisons pour lesquelles le projet visait à rendre cette histoire visible et à renforcer une tendance chez les conservateurs de musée à partager des informations sur ces spécimens avec les communautés autochtones et les gouvernements.

Le projet a intégré des échantillons d'archives coloniales à des données contemporaines afin d'étudier les tendances à long terme liées à la pollution et aux changements environnementaux. Cela a permis de mieux comprendre le contexte historique de la contamination par le plastique et le métal, en reliant ces questions à des changements environnementaux plus larges, notamment le changement climatique et l'introduction des plastiques à usage unique.

Shan Zou, du Centre de recherche en métrologie du CNRC, a fourni une expertise en mesures et en analyses de haute précision, en élaborant des protocoles d'évaluation de la toxicité et en appuyant l'étude scientifique de la pollution dans l'environnement arctique. La participation au projet du CNRC a permis d'effectuer des analyses à l'échelle des nanoplastiques, ce qui aurait été impossible autrement. Les résultats ont montré qu'il n'y avait pas de toxicité due aux plastiques ou aux métaux dans la neige à Hopedale, même lorsque celle-ci avait été prélevée dans des zones très actives.

Parmi les premières répercussions du projet, mentionnons l'élaboration de méthodologies qui tiennent compte des connaissances occidentales et autochtones, ainsi que de l'importance accordée à la souveraineté et à la sécurité des données inuites et le respect de ces principes. Le projet NGPlastics s'est terminé en 2025. Toutefois, les partenaires du projet prévoient de continuer à surveiller les plastiques et les oligo-éléments présents dans les oiseaux capturés à des fins alimentaires et d'utiliser des spécimens de musée pour étudier les contaminants sur une période de 100 ans.

Ce projet sert aussi de modèle pour d'autres initiatives de recherche, illustrant la façon dont des projets menés par les Inuits peuvent aboutir à des résultats scientifiques et sociaux d'un grand intérêt.

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L'équipe relations avec les médias du CNRC