La réalité virtuelle rend des outils de psychothérapie accessibles aux communautés éloignées

 

- Montreal, Québec

Éloignement. Extrêmes climatiques. Anciens us et coutumes et techniques de survie autochtones. Étant donné la multitude de facteurs qui se conjuguent pour façonner la culture d'une population et influer sur la santé mentale des individus, il faut recourir à une diversité de moyens pour guérir des blessures de natures diverses. La distance étant souvent un obstacle, une nouvelle méthode de psychothérapie, alliant une technologie d'avant-garde à des traditions ancestrales, est présentement à l'essai au Nunavik.

La communauté inuite du Nunavik, établie dans l'extrême nord du Québec, à quelque 1 200 kilomètres de Montréal, a fait un bond vers le futur grâce à un nouvel outil de psychothérapie. Des membres de cette communauté ont partagé leurs savoirs avec des chercheurs de l'Université McGill, de l'Université du Québec en Outaouais et du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) chargés de développer une nouvelle méthode de psychothérapie personnalisée pouvant être mise en œuvre partout grâce à la réalité virtuelle (RV).

« En raison des traumatismes fréquemment vécus par des membres de communautés autochtones, le risque de suicide chez les Inuits du Québec est 11 fois supérieur à celui de la population générale », explique la Dre Outi Linnaranta, professeure adjointe au département de psychiatrie de l'Université McGill à Montréal et directrice des soins médicaux de l'Institut national de santé et de mieux-être d'Helsinki en Finlande. « Grâce à un projet de recherche mené par le CNRC et le Centre de recherche Douglas affilié à l'Université McGill avec un comité consultatif inuit, nous pouvons désormais répondre aux besoins en santé mentale et en psychiatrie des populations inuites et autochtones du Québec. »

Les résultats obtenus auprès de ces populations éloignées pourront être répétés aux quatre coins du globe.

Un nouvel outil dans l'arsenal médical

La conception d'outils d'intervention de terrain qui respectent toutes les facettes de la culture des populations ciblées constitue l'un des objectifs phares de la recherche et de la médecine clinique en santé mentale pour les Inuits. L'approche suivie pour concevoir les programmes de prévention du suicide destinés aux Inuits tient compte des facteurs historiques, économiques et sociaux pouvant avoir des répercussions sur les soins prodigués, et incorpore les traditions culturelles et culinaires, la langue et le dialogue intergénérationnel propres à ces populations. Cette vision multifactorielle a permis de rehausser l'efficacité des interventions en toxicomanie auprès des Autochtones dans des études précédentes.

Dirigée par la Dre Linnaranta, l'équipe du Centre de recherche Douglas a mis au point une solution novatrice utilisant les technologies de réalité virtuelle pour faire de la thérapie cognitivo-comportementale en régions éloignées. On a demandé à des Inuits, qui étaient considérés comme des candidats potentiels pour l'étude, les modes de thérapie à distance qu'ils préféraient entre la vidéoconférence avec un thérapeute à Montréal, diverses applications mobiles ou la réalité virtuelle. « Tous ont préféré la psychothérapie par réalité virtuelle. Nous avons alors adapté notre solution pour tenir compte des besoins de cette clientèle et faire en sorte qu'elle respectait la culture inuite. »

Avec cette solution, les patients peuvent être traités à la maison ou à la clinique de télémédecine locale. On leur fait porter un casque de RV et des capteurs sur les doigts qui enregistrent leurs réactions avant et après la thérapie, pour voir si on peut atténuer leur niveau de stress lorsqu'ils sont exposés à des stimuli réalistes comme la sensation d'être au pied d'un précipice d'une hauteur vertigineuse. Les capteurs de biofeedback sont des outils essentiels dans les thérapies cognitivo-comportementales parce qu'ils permettent de renforcer l'effet de la thérapie.

Le groupe Simulation et Santé numérique du Centre de recherche sur les dispositifs médicaux du CNRC a développé une interface utilisateur qui permet aux thérapeutes de suivre le processus et ses effets en temps réel. Le patient peut également mesurer ses symptômes où qu'il se trouve.

« Dans le cadre de cette recherche, nous avons mis au point un portail et des outils dans le nuage pour nous aider à acquérir des données pour la plateforme d'essai du Centre Douglas », a déclaré David Rivest-Hénault, agent de recherche au Centre de recherche sur les dispositifs médicaux. La plateforme exclusive bConnected du CNRC a été la pierre d'assise de cette nouvelle méthode de soins cliniques à distance, qui fait appel à des capteurs médicaux et à l'analyse de données physiologiques.

« Grâce à son savoir-faire éprouvé en intégration de technologies, le CNRC a pu collaborer avec l'équipe de recherche et adapter des structures numériques peu coûteuses pour soutenir le projet, afin de donner au Centre de recherche Douglas l'élan nécessaire pour aller de l'avant. »

Services de pointe pour les régions éloignées

L'accès à distance à des services de santé, surtout dans le domaine de la santé mentale, est l'un des besoins qui connaissent la plus forte progression à l'échelle planétaire. La Dre Linnaranta explique que la réalité virtuelle, une technologie émergente, commence à s'imposer dans le domaine des sciences cognitives. « Il s'agit d'un moyen éprouvé en psychothérapie cognitivo comportementale pour exposer des patients à des déclencheurs de troubles anxieux, notamment dans les cas de syndrome de stress post-traumatique, et d'une méthode adaptative pour le traitement des symptômes traumatiques. »

Les progrès technologiques portés par des solutions de cybersanté à distance comme la réalité virtuelle permettront de démocratiser l'accès aux psychothérapies ailleurs dans le monde et de prendre en charge notamment les travailleurs humanitaires, le personnel militaire, les immigrants ou les groupes minoritaires qui ont un accès limité aux traitements de psychothérapie en raison de leur éloignement ou de leurs particularités culturelles ou linguistiques.

« Nous avons la chance de vivre dans un véritable village planétaire où nous pouvons mettre au point des solutions hors des méthodes et pratiques existantes », conclut la Dre Linnaranta. C'est l'occasion de rendre de nouvelles techniques réalité.

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