Un matin, un aîné tarde à se rendre comme d'habitude dans sa cuisine pour préparer son petit déjeuner. Il reste assis sur le bord de son lit et se sent étourdi. Les capteurs installés dans sa maison détectent aussitôt cet écart à sa routine et établissent que sa fréquence cardiaque est anormale. Une alerte est immédiatement envoyée à son proche aidant qui fait les vérifications requises. L'homme est rassuré, car si le problème avait été grave, de l'aide aurait pu lui être envoyée en quelques minutes.
Cette scène fictive, de nombreuses personnes aînées pourraient bientôt la vivre. La domotique évolue rapidement et aidera les gens à vieillir en sécurité et de manière autonome dans le confort de leur domicile.
Voilà précisément l'objectif du projet mené par le Programme Défi « Vieillir chez soi » du CNRC, en collaboration avec l'Université Carleton (en anglais seulement), l'Institut de recherche Santé Bruyère et quelques chefs de file de l'industrie canadienne : intégrer des dispositifs de surveillance médicale dans des habitations adaptées aux personnes aînées.
Méthodes novatrices de maintien de l'autonomie
La domotique permet déjà aux gens de contrôler à distance leurs appareils électroménagers, l'éclairage et d'autres systèmes domestiques. L'avenir de ces technologies semble encore plus prometteur. Des chercheuses et des chercheurs s'efforcent actuellement de mettre au point des capteurs très perfectionnés capables de surveiller certaines fonctions corporelles comme la fréquence cardiaque, la respiration et les mouvements et d'acheminer des données cruciales aux proches aidants et, le cas échéant, aux services d'urgence.
« L'évaluation en continu du bien-être des personnes âgées est essentielle à leur maintien à domicile », affirme Pengcheng Xi, chercheur principal du Centre de recherche en technologies numériques du CNRC et professeur associé à l'Université Carleton. « L'espoir est que la détection précoce des problèmes de santé grâce à la technologie réduira les hospitalisations et améliorera la gestion de la santé. »
Collaboration intelligente
Les tendances démographiques témoignent de l'importance de ces travaux. Selon un rapport publié en 2020 par l'Agence de la santé publique du Canada intitulé Vieillissement et maladies chroniques : Profil des aînés canadiens, au Canada, chez les 65 ans et plus, environ neuf personnes sur dix vivent dans une résidence privée, seules dans le tiers des cas. Ces chiffres mettent en évidence la nécessité de trouver des solutions qui aideront ces personnes à continuer de vivre chez elles de manière autonome et en sécurité.
Le développement de systèmes novateurs de cette nature exige des compétences dans de nombreuses disciplines, d'où la difficulté de réunir toutes les personnes requises. Les programmes Défi du CNRC ont justement été créés pour rendre possible ce genre de collaboration.
« Dans le contexte du Programme Défi "Vieillir chez soi", des médecins, psychologues, spécialistes des sciences de la santé, infirmiers et ingénieurs ont mis en commun leurs compétences », explique Rafik Goubran, vice-président (recherche, innovation et international) à l'Université Carleton. « Cette collaboration interdisciplinaire a joué un rôle critique dans le développement de nouvelles méthodes pour surveiller à distance les signes vitaux et les activités de la vie quotidienne des personnes aînées vivant dans leur domicile. »
M. Xi et ses collaborateurs de l'Université Carleton et de Santé Bruyère se concentrent actuellement sur des solutions de détection des conditions ambiantes s'appuyant sur des données audios et vidéos pour comprendre la routine quotidienne, plus particulièrement les activités de préparation des repas, pour lesquelles la détection de tout écart à la routine pourrait être fondamentale sur le plan de la sécurité.
Dans un autre volet important du projet, les scientifiques évaluent comment l'IA peut favoriser l'analyse des données générées tout en préservant la vie privée. Cette approche vise à améliorer les systèmes de domotique afin qu'ils répondent mieux aux besoins des personnes âgées en matière de santé tout en protégeant la vie privée et en rehaussant la sécurité des données. Grâce à ces progrès, la technologie se rapproche de l'étape de la commercialisation.
À ce jour, la collaboration a mené à la publication de 25 articles révisés par les pairs et au développement de propriété intellectuelle en plus de faire avancer le projet de l'étape de la recherche expérimentale à celle de son application en situation réelle. Ces travaux ont aussi attiré de nouveaux talents et contribué à la formation de nouveaux experts dans ce domaine.
Pour un avenir plus intelligent
À l'avenir, la commercialisation de ces technologies pourrait transformer le vieillissement à domicile pour les Canadiennes et Canadiens en créant la possibilité de vieillir dans des habitations connectées plus sûres et ouvrir la porte à de nouveaux partenariats avec l'industrie.
Patricia Debergue, directrice du Programme Défi « Vieillir chez soi », entrevoit pour l'avenir des maisons plus intelligentes équipées de capteurs dotés d'intelligence artificielle, voire de robots d'assistance, qui permettront aux proches aidants de se concentrer sur ce qui compte le plus : donner aux personnes aînées les moyens de mener une vie autonome, digne et sûre dans le milieu de leur choix.