Les navires de surface autonomes, ou NSA, sont l'équivalent marin des automobiles autonomes ou des drones, et ils joueront un rôle crucial dans l'avenir stratégique du Canada. En reconnaissance de ce fait, les NSA constituent l'un des 5 principaux thèmes du document Économie bleue : examen réglementaire ciblé et l'un des 2 domaines d'intérêt de la troisième série d'examens réglementaires ciblés lancée en 2022 pour définir les obstacles réglementaires à la croissance économique et à l'innovation dans l'économie bleue. Cet examen a eu pour aboutissement la publication en juin 2024 d'une feuille de route réglementaire pour l'économie bleue ou, pour être plus précis, d'une « carte maritime ». Cette feuille de route décrit 13 initiatives regroupées sous 5 thèmes ayant pour objet d'appuyer et d'accélérer l'innovation au sein de l'économie bleue. Trois des initiatives mentionnées dans la feuille de route visent l'avancement de la technologie des NSA pour le plus grand avantage de l'économie canadienne, de la sécurité de notre pays et de son écosystème d'innovation.
Selon Ayda Ali Elhage (Ph. D.), agente de recherches du conseil au Conseil national de recherches du Canada (CNRC) « les NSA peuvent servir à la recherche et au développement ou à des applications comme la production de cartes maritimes ou de relevés hydrographiques, mais ils peuvent aussi servir à assurer la défense nationale. » Elle explique que les NSA permettent d'exercer une surveillance 24 heures sur 24 des zones côtières, y compris celles de l'Arctique, relativement inaccessibles, et peuvent aussi servir de drones marins.
En 2023, avec le soutien du programme Océans du CNRC et du Centre d'innovation de Transports Canada, Ayda Ali Elhage a amorcé l'élaboration d'une stratégie de recherche sur les NSA qui encadrera le développement des technologies connexes au Canada et définira les raisons pour lesquelles il est important pour le Canada de les développer. Cette stratégie porte sur les avantages et les limites des navires de surface autonomes. Elle analyse aussi leur rôle au Canada et décrit les moyens existants pour favoriser l'innovation et la recherche, le développement et la démonstration (R-D et D); pour appuyer la transition aux NSA dans les eaux canadiennes et pour favoriser l'innovation au Canada dans ce secteur.
À propos de son travail, Ayda Ali Elhage affirme ceci : « Nous sommes en excellente position pour devenir un important concepteur, fabricant et fournisseur de technologies de NSA à l'échelle mondiale. »
Elle souligne que le Canada possède des compétences en IA, en ingénierie, en systèmes de détection, en architecture navale, en apprentissage machine et en analyse des données, tous des éléments clés dans le développement des technologies de NSA. Le développement poussé de l'infrastructure maritime canadienne, la diversité des conditions et des environnements marins au Canada, et l'accès du Canada à 3 océans différents font en sorte que notre pays est très en excellente position pour développer des NSA capables de résister à toutes les situations opérationnelles possibles. Le Canada possède aussi les plus longues côtes marines du monde et peut s'enorgueillir d'installations d'essai exceptionnelles, de la présence de laboratoires vivants et de carrefours d'innovation en technologie océanique comme le Launch (en anglais seulement), le CIPER, le COVE (en anglais seulement) et le Centre for Ocean Applied Sustainable Technologies (COAST) (en anglais seulement).
Selon les projections économiques mondiales, la valeur du marché des NSA atteindra quelque 12 milliards de dollars américains d'ici 2029, en incluant les technologies périphériques embarquées comme les systèmes de navigation autonomes, les technologies et les outils de connectivité, les détecteurs et les technologies numériques. Ce marché offre des débouchés économiques prometteurs au Canada et pourrait favoriser la modernisation de l'infrastructure océanique du pays et la mise à niveau de la flotte canadienne de navires en s'appuyant sur les technologies numériques, l'IA, les caméras et les autres détecteurs et technologies essentielles.
Toutefois, que ce soit au Canada ou à l'échelle internationale, la réglementation des NSA est encore en gestation, car cette technologie en est encore à ses balbutiements. Les cadres juridiques internationaux qui régissent actuellement le transport maritime exigent que des marins soient à bord des navires pour les piloter et pour contrôler les systèmes et les fonctions de bord. En vertu des lois canadiennes actuelles, tous les navires doivent avoir à bord un équipage, ce qui signifie que le pilotage à distance et les essais de NSA exigent des exemptions à la loi. S'il est possible d'obtenir actuellement de telles exemptions, elles ne sont accordées que pour des navires d'une longueur inférieure à 12 mètres ou d'un tonnage brut inférieur à 15 tonnes.
À l'échelle internationale, l'Organisation maritime internationale (OMI), qui supervise la réglementation du transport maritime mondial, travaille à l'élaboration d'un cadre d'application non obligatoire, ou code sur les NSA, qui devrait être publié en 2026. Les pays membres de l'OMI, dont le Canada, disposeront ensuite de 6 ans pour mettre à l'essai le code et travailler avec l'OMI à le peaufiner avant qu'il ne devienne exécutoire en 2032. Lorsqu'il sera publié, ce code pourra servir d'inspiration à la réglementation intérieure canadienne.
Ayda Ali Elhage explique qu'avant de penser à une exploitation courante des NSA au Canada, il est essentiel d'effectuer des essais afin de s'assurer que les capteurs fonctionneront dans les conditions maritimes particulièrement difficiles du Canada. Par exemple, des capteurs développés en Europe pourraient ne pas avoir été conçus ni testés pour fonctionner dans les températures extrêmement froides du Canada ou pour une utilisation en toute sécurité dans un environnement de cette nature au cours de périodes prolongées. « Une technologie qui n'a pas été testée ne peut être déployée », insiste-t-elle.
Le succès des NSA au Canada exige l'intervention de multiples ministères et organismes publics. Pour faciliter la collaboration entre les différents intervenants, Mme Elhage dirige 2 groupes de travail sur les NSA.
- Le Groupe de travail interministériel sur les NSA, qui réunit les organismes de réglementation de Transports Canada et des parties intéressées du Centre d'innovation, le Groupe de la stratégie de l'économie bleue de Pêches et Océans Canada, le Service hydrographique du Canada, la Garde côtière canadienne, Environnement et Changement climatique Canada et Innovation, Science et Développement économique Canada ainsi que les agences de développement régional du Canada Atlantique et du Québec.
- Le Forum canadien pour les NSA, qui présente des webinaires pour stimuler la discussion entre les représentants de l'administration publique, les autorités portuaires, les pilotes de navire, les propriétaires et exploitants de flottes ainsi que les développeurs de technologies et les chercheurs travaillant à l'avancement des NSA et à l'élaboration de cas d'utilisation.
« Les NSA offrent des possibilités de partenariats stratégiques avec des parties internationales. La Norvège, le Royaume-Uni et le Japon, notamment, sont des chefs de file en ce domaine et en faisant avancer nos travaux sur les NSA, nous bénéficierons d'importantes possibilités de collaborer avec ces pays à des projets de recherche et de développement et d'échanger les leçons apprises. »