Bâtir des ponts pour les femmes en STIM

 

- Ottawa, Ontario

Le pont de Brooklyn à New York (la huitième merveille du monde), le grand pont Danyang-Kunshan en Chine (le plus long de la planète), le pont Lions Gate à Vancouver (un site historique national du Canada).

Les ingénieurs sont des bâtisseurs de ponts légendaires. Pourtant, nous sommes nombreux à ne pas voir au-delà de l'ouvrage proprement dit, et rares sont ceux qui comprennent tout ce que peut réaliser un membre de cette profession.

Où que l'on regarde, des ingénieurs retroussent leurs manches et maîtrisent les progrès de la technique pour résoudre des problèmes universels en rapprochant les percées scientifiques de leur application commerciale. Ce travail les passionne. Qu'il s'agisse de changement climatique, d'énergie renouvelable, de villes intelligentes, de conquête de l'espace ou, plus modestement, de vieillir chez soi, ils trouvent des remèdes économiques aux maux qui affligent la société.

Ils font du travail important. Et gratifiant. Alors, comment expliquer la statistique mondiale selon laquelle moins de 20 % des jeunes qui entreprennent un baccalauréat en génie sont des femmes? Et pourquoi une grande proportion de ces femmes n'exercent-elles pas leur profession au sortir de l'université?

Selon Ruth Rayman, diplômée en génie physique et directrice générale du Centre de recherche en électronique et en photonique avancées au Conseil national de recherches du Canada (CNRC), l'explication réside dans une méconnaissance des innombrables possibilités qu'offre le génie et dans un manque d'assurance pour exploiter ces possibilités.

« Les femmes diplômées en ingénierie hésitent elles-mêmes souvent à saisir d'excitantes perspectives et promotions. Elles manquent de confiance et ne bénéficient pas d'un soutien adéquat dans leur carrière », affirme Mme Rayman. « Ensuite, constatant que leurs rêves ne se matérialisent pas, elles quittent la profession. C'est là que l'encadrement en cours d'emploi peut réellement faire une différence. » Mme Rayman souligne qu'elle doit largement son ascension dans l'industrie et au CNRC aux encouragements que lui ont prodigués ses collègues masculins et les gestionnaires qui l'ont encadrée, qui lui ont signalé des ouvertures et des possibilités d'avancement et qui lui ont offert les conseils pratiques dont elle a eu besoin pour saisir la balle au bond.

Très tôt, elle savait qu'elle ferait carrière dans les sciences, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques (STIM), mais elle a troqué les sciences pour le génie pendant ses études à l'Université McMaster. Voir les ingénieurs en action durant les stages d'été l'a emballée. Elle s'est alors inscrite au premier double baccalauréat en génie et gestion du Canada, pour ainsi obtenir un double diplôme. « L'Université McMaster a beaucoup fait au départ pour ouvrir la profession aux femmes et leur apporter son aide. » Aujourd'hui, l'une des grandes fiertés de Mme Rayman est d'avoir été désignée « gardienne de l'anneau de fer » d'Ottawa, honneur en vertu duquel elle remet à de jeunes ingénieurs du pays l'anneau symbolisant leur profession, à la collation des grades.

Le choc de la réalité

La bonne nouvelle est qu'à présent, le soutien envers les STIM arrive de partout. En effet, le gouvernement canadien s'est engagé à appuyer les femmes en quête d'un poste en sciences et en gestion, alors que beaucoup d'universités et d'associations professionnelles ont constitué des groupes ou lancé des initiatives en vue d'attirer les femmes dans des carrières en STIM. L'une des initiatives nationales les plus anciennes et les plus efficaces sur ce plan est Shad Canada.

Shad Canada, un programme de stage en résidence destiné aux étudiants du secondaire qui s'intéressent aux STIM, a changé la vie de Yasmin Anderson, la fille de Mme Rayman. Ses proches étant tous ingénieurs, Yasmin était déterminée à emprunter un autre chemin — jusqu'à ce qu'elle passe un mois à l'Université Lakehead grâce au programme Shad. Elle y a appris à résoudre des problèmes de conception très concrets au sein d'équipes composées de jeunes qui partageaient ses convictions, pour finalement se classer honorablement au palmarès du concours national. « Yasmin a alors réalisé qu'être ingénieure ne se résumait pas à un travail en laboratoire. Le génie, c'est aussi les affaires, l'économie et la résolution de problèmes d'envergure mondiale », poursuit Mme Rayman. « L'aspect holistique de la profession l'a séduite. Depuis, Yasmin n'a jamais regretté son choix. » Yasmin en est maintenant à sa quatrième année du programme de préservation architecturale et de génie durable de l'Université Carleton.

Façonner un solide avenir

Mme Rayman est enchantée de constater que la vision qu'ont les gens de la profession d'ingénieur se précise. « La lumière commence à jaillir. On se rend compte qu'un ingénieur s'attaque à des problèmes qui touchent tous les aspects de la société, ajoute-t-elle. Et cela plaît de plus en plus aux femmes, car elles veulent sentir qu'elles contribuent directement à la vie de leur communauté. »

En qualité de conférencière à de nombreux évènements internationaux, Mme Rayman continue de répondre aux questions de celles qui envisagent une carrière dans les STIM sur la confiance en soi et le soutien qu'elles peuvent espérer obtenir. Elle réitère sa conviction que la clé du succès est de vivre sa passion avec confiance.

« Devenez des expertes dans votre domaine », conseille Mme Rayman. « De solides connaissances en génie ou en sciences auront leur utilité dans n'importe quelle équipe dont vous ferez partie. » Selon Mme Rayman, les femmes gagnent confiance en elles en brillant dans leur profession, point le plus important après les compétences techniques. « N'hésitez pas à solliciter de l'aide. Joignez-vous aux organisations qui prônent l'entraide et soulignent les réussites, ajoute-t-elle. Donnez-vous une tape dans le dos, échangez un sourire, faites tout ce qui vous rassurera mutuellement. »

Mme Rayman exhorte aussi les jeunes femmes qui envisagent une carrière en STIM à chercher sans hésiter le soutien de modèles ou de parrains ou marraines. À l'instar d'un mentor, les modèles sauront leur offrir des conseils et un aiguillage, tandis que les parrains et marraines leur ouvriront certaines portes. Armées de telles stratégies, les jeunes femmes qui se lancent dans les STIM réussiront à franchir le pont qui les conduira au succès.

Ruth Rayman